"On lui avait dit qu'elle était dyslexique. Deux ans plus tard, une psychologue a posé une deuxième question : et l'attention, elle tient combien de temps ?"

Ce n'est pas rare. Un trouble dys est diagnostiqué, tout le monde s'organise autour de lui, adaptations, rééducation, patience. Et puis, avec le recul, certaines choses continuent à ne pas coller. L'enfant décroche en plein milieu d'un exercice qu'il maîtrise pourtant. Il oublie une consigne donnée trente secondes plus tôt. Il s'agite dès qu'une tâche dure plus de dix minutes. Ce n'est plus seulement le trouble dys qui parle. C'est autre chose, à côté, qui s'est ajouté sans qu'on lui donne de nom.

Sur ce site, on l'a déjà écrit : entre 30 et 50 % des enfants porteurs d'un trouble dys présentent aussi un TDAH. Ce n'est pas une exception. C'est une association fréquente, documentée, qui mérite un article à elle seule tant elle change la façon d'accompagner un enfant au quotidien.

Pourquoi c'est si facile de rater l'un des deux

Les deux troubles partagent des symptômes de surface qui se ressemblent, sans être de même nature. Un enfant dyslexique qui perd le fil d'une lecture peut sembler inattentif, alors qu'il est en réalité épuisé par le déchiffrage. Un enfant TDAH qui saute des mots en lisant peut sembler dyslexique, alors qu'il lit correctement mais trop vite, porté par une impulsivité qui ne s'arrête pas au bon moment.

Résultat : quand le premier trouble diagnostiqué explique une partie du tableau, on a tendance à s'arrêter là. Toutes les difficultés restantes se rangent, par facilité, sous l'étiquette déjà posée. "C'est encore la dyslexie qui fatigue." Sauf que parfois, ce n'est pas ça. C'est un second trouble qui attend son tour d'être nommé.

Ce que dit la recherche

Les troubles dys et le TDAH partagent des bases neurodéveloppementales communes, notamment au niveau des fonctions exécutives (mémoire de travail, inhibition, planification), ce qui explique en partie pourquoi ils coexistent aussi souvent et pourquoi leurs symptômes se superposent au quotidien.

Willcutt, E.G., Pennington, B.F., Olson, R.K., Chhabildas, N., & Hulslander, J. (2005). Neuropsychological analyses of comorbidity between reading disability and attention deficit hyperactivity disorder. Developmental Neuropsychology, 27(1), 35-78.

Les signes qui méritent une deuxième évaluation

  • La difficulté ne dépend pas de la matière : elle est là en maths comme en français, dans les tâches qu'il maîtrise comme dans celles qui lui posent problème
  • L'attention chute brutalement après quelques minutes, même sur une activité qu'il aime, pas seulement sur ce qui est difficile
  • Il commence des phrases, des gestes, des tâches, sans les terminer, en changeant d'idée avant la fin
  • Les rééducations en place n'avancent presque plus, alors que le professionnel qui les mène n'y voit rien d'anormal dans sa pratique
  • Le soir, l'agitation physique augmente au lieu de diminuer avec la fatigue, contrairement à ce qu'on observerait chez un enfant simplement fatigué

Aucun de ces signes, pris seul, ne prouve grand-chose. C'est leur accumulation, et surtout leur présence en dehors des situations liées au trouble dys déjà connu, qui doit alerter.

Ce que ça change, une fois le second diagnostic posé

Revoir les adaptations, pas les multiplier

Un enfant dyslexique-TDAH n'a pas besoin de deux fois plus d'aménagements empilés les uns sur les autres. Il a besoin d'aménagements pensés ensemble : un temps supplémentaire qui tient compte aussi de sa capacité d'attention réelle, pas seulement de sa vitesse de lecture.

Des séances plus courtes, pas plus longues

La tentation, face à un enfant qui n'avance pas, c'est souvent d'allonger le temps de travail. Pour un enfant avec un TDAH associé, c'est souvent l'inverse qui marche : des séances plus courtes, plus fréquentes, avec de vraies coupures, produisent plus de résultat qu'une longue séance où l'attention s'effondre après dix minutes.

Ne pas confondre lenteur et distraction

Un enfant dys qui met du temps à répondre réfléchit peut-être encore. Un enfant avec un TDAH associé qui met du temps à répondre a peut-être déjà quitté la tâche mentalement. Ce sont deux situations différentes, qui appellent deux réponses différentes : de la patience dans le premier cas, une relance dans le second.

Un suivi médical dédié, en plus des rééducations

Orthophonie, ergothérapie, psychomotricité : ces suivis restent nécessaires pour le trouble dys. Mais le TDAH, lui, relève souvent d'un accompagnement distinct, parfois médical, qui ne se substitue à aucun des précédents et qu'il ne faut pas hésiter à demander si les signes persistent.

"On ne traite jamais deux fois le même enfant. On regarde juste ce qu'il y a vraiment à traiter, au lieu de tout ranger sous la même étiquette parce que c'est plus simple."

Poser un second diagnostic ne complique pas la vie d'un enfant. Ça arrête, souvent, une confusion qui durait depuis longtemps, et qui empêchait chacun des deux troubles d'être pris en charge pour ce qu'il est vraiment.

"Un trouble qui se cache derrière un autre finit toujours par se faire remarquer. Autant lui donner un nom avant qu'il ne s'impose de force."

Julien, papa de Théa
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