La dysorthographie n'est pas un manque d'application. C'est un trouble neurologique de l'encodage de l'écrit, distinct de la dyslexie mais presque toujours associé à elle.
La dysorthographie est un trouble spécifique et persistant de l'acquisition de l'orthographe. Elle touche la capacité à encoder les mots (à les écrire correctement), malgré un enseignement approprié, une intelligence normale et une exposition suffisante à l'écrit.
Elle est la "sœur" de la dyslexie : là où la dyslexie affecte principalement le décodage (lire), la dysorthographie affecte l'encodage (écrire). Elles partagent la même origine neurologique et coexistent dans 80 à 90 % des cas.
Écrire un mot correctement implique deux processus parallèles : encoder ses sons (phonologie) et mémoriser sa forme orthographique (lexique orthographique). Dans la dysorthographie, les deux voies sont perturbées.
L'enfant dysorthographique fait des erreurs qui semblent incohérentes : il peut écrire le même mot différemment d'un jour à l'autre, parce que ce mot n'est jamais vraiment ancré dans sa mémoire orthographique.
Sprenger-Charolles L. & Colé P. (2013). Lecture et dyslexie. Dunod. · Ramus F. et al. (2003). Brain, 126(4), 841–865.
HAS. (2009). Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie : bilan des données scientifiques.
INSERM. (2007). Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, expertise collective. · FFDys, 2024.
Les difficultés évoluent avec l'âge. Plus tôt elles sont identifiées, plus l'accompagnement est efficace.
Mémorise très difficilement la correspondance son-lettre. Confond des lettres proches visuellement (b/d/p/q) et acoustiquement (f/v, t/d).
Copier du tableau est épuisant et rempli d'erreurs, même sur des mots simples. L'enfant "perd" les lettres entre le tableau et son cahier.
Les erreurs sont nombreuses et variées sur un même mot. Le même mot peut être écrit différemment dans la même phrase.
En maternelle : ne mémorise pas les lettres de son prénom, n'entend pas les rimes facilement, peine à segmenter les syllabes d'un mot.
Les mots très fréquents (école, maison, enfant) restent incorrectement écrits malgré des années de travail. Aucune automatisation ne s'installe.
La confusion est/et, a/à, son/sont, ou/où, ce/se persiste et semble aléatoire. Les règles sont connues mais inapplicables en temps réel.
L'enfant évite d'écrire ou produit des textes très courts, appauvris. Son oral est souvent bien supérieur à son écrit. Il préfère les QCM.
L'effort d'orthographier est coûteux cognitivement. L'enfant est épuisé après l'école, frustré que ses efforts ne soient pas récompensés par les résultats.
Les fautes d'orthographe font perdre des points dans toutes les matières, même quand les connaissances sont solides. La note reflète le trouble, pas le savoir.
Vocabulaire simplifié pour éviter les mots incertains, phrases courtes, textes minimalistes pour "limiter les dégâts".
L'apprentissage de l'anglais, de l'espagnol est rendu plus difficile par le même déficit d'encodage phonologique. L'orthographe anglaise est particulièrement opaque.
Des années de corrections en rouge ont souvent convaincu l'élève qu'il est "nul en français". Cette blessure est réelle et mérite d'être travaillée.
L'adulte dysorthographique s'appuie systématiquement sur les correcteurs automatiques. Sans eux, l'écrit professionnel lui coûte un effort disproportionné.
Rédiger un e-mail, un rapport, une note prend significativement plus de temps. La relecture est longue car les erreurs sont difficiles à auto-détecter.
Beaucoup d'adultes n'ont jamais été diagnostiqués. Ils se décrivent comme "mauvais en orthographe" sans identifier l'origine neurologique de cette difficulté.
Avec les bons outils (correcteurs, dictée vocale, relecture par un tiers), les adultes dysorthographiques peuvent avoir des carrières brillantes dans tous les domaines.
Le bilan orthophonique est le point de départ pour obtenir un diagnostic officiel et les aménagements scolaires qui vont avec.
Il prescrit le bilan orthophonique. Demandez explicitement : "bilan orthophonique pour suspicion de dysorthographie". Le bilan est remboursé à 60 % par l'Assurance maladie.
Le bilan orthophonique évalue la lecture, l'orthographe, la conscience phonologique et le langage oral. Il utilise des tests normés comme le BELO (Batterie d'Évaluation de la Lecture et de l'Orthographe) ou le L2MA-2.
Le compte-rendu détaillé est le document qui ouvre droit aux aménagements scolaires. Délai moyen : 2 à 6 mois selon la région.
Avec le bilan en main, l'enseignant ou le directeur peut déclencher un PAP (Plan d'Accompagnement Personnalisé). Il est révisé chaque année et suit l'élève tout au long de sa scolarité.
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