La dyspraxie, officiellement appelée Trouble Développemental de la Coordination (TDC), n'est pas une maladresse. C'est l'incapacité neurologique à automatiser les gestes complexes, quels que soient les efforts et l'entraînement.
Le Trouble Développemental de la Coordination (TDC), anciennement appelé dyspraxie, est un trouble reconnu par le DSM-5 et la CIM-11. L'enfant n'a pas de problème moteur primaire (ses muscles fonctionnent normalement), mais il ne peut pas planifier et automatiser les séquences de gestes complexes.
Écrire, s'habiller, faire du vélo, manger avec des couverts, découper avec des ciseaux : tout ce qui s'automatise chez les autres reste coûteux et laborieux pour l'enfant TDC, même avec des années de pratique. Cela épuise une énergie cognitive qui devrait aller aux apprentissages.
Exécuter un geste complexe nécessite deux étapes : idéation (concevoir le geste dans sa tête) et planification motrice (organiser la séquence d'actions musculaires). Dans le TDC, c'est surtout la planification qui est atteinte.
Avec une répétition intensive, certains gestes simples finissent par s'automatiser partiellement. Mais cela demande beaucoup plus de temps et d'effort que pour les autres enfants, et ne s'étend pas facilement à de nouveaux gestes.
Missiuna C. et al. (2008). Developmental Coordination Disorder. Clinics in Developmental Medicine. · American Psychiatric Association DSM-5 (2013), critère 315.4.
HAS. (2012). Trouble développemental de la coordination : recommandations de bonne pratique.
INSERM. (2019). Trouble développemental de la coordination. · Zwicker J.G. et al. (2012). Developmental Medicine & Child Neurology.
Le TDC est souvent confondu avec une simple maladresse. Ces signes, surtout s'ils persistent, justifient une consultation.
S'habiller seul (boutons, lacets, zip), utiliser des couverts, verser un liquide restent très difficiles très longtemps après l'âge habituel d'acquisition.
Tenir un crayon, colorier dans les lignes, tracer des formes simples : ces activités sont nettement en retard par rapport aux enfants du même âge, avec une prise de crayon maladroite.
L'enfant évite les jeux de plein air qui nécessitent de courir, sauter, attraper un ballon. Il préfère les jeux statiques. Sa participation aux activités sportives est limitée par la maladresse.
Tout ce qui demande un geste coûte visiblement plus d'effort et de temps. L'enfant est plus lent, plus appliqué, et peut sembler "pataud" dans ses mouvements.
La graphomotricité ne s'automatise pas. L'écriture reste lente, irrégulière, consomme toute l'attention, au détriment du contenu à produire. La main fatigue vite.
La mise en page sur la feuille, le respect des marges, l'alignement des colonnes de calcul : tout ce qui concerne l'organisation spatiale écrite est difficile et désordonné.
Le sport devient une épreuve humiliante. L'enfant est souvent le dernier choisi dans les équipes, moqué, contraint d'éviter les vestiaires. Cela fragilise fortement l'estime de soi.
Ouvrir son cartable, ranger ses affaires, manipuler des outils scolaires (compas, règle, ciseaux) : les transitions sont lentes et l'enfant est souvent "en retard" sur les tâches pratiques.
L'écriture manuelle devient insoutenable face au volume attendu. Le passage à l'ordinateur est une nécessité, pas un confort. Sans lui, le lycéen TDC ne peut pas suivre.
Tracer une figure géométrique au compas, manipuler du matériel en laboratoire, faire des dissections en SVT : toutes les activités manuelles scolaires posent problème.
Gérer un emploi du temps, s'organiser entre plusieurs matières, tenir un cahier de texte structuré : les aspects exécutifs de la scolarité sont souvent déficitaires en lien avec le TDC.
Mobiliser constamment plus d'énergie que les autres pour des tâches banales épuise. L'adolescent rentre souvent exténué, non pas par les apprentissages, mais par l'effort moteur continu.
Les adultes TDC ont souvent développé des stratégies de compensation très efficaces. Mais ces stratégies mobilisent une énergie constante et peuvent mener à l'épuisement professionnel.
Les professions qui demandent précision gestuelle (chirurgie, artisanat, musique instrumentale) sont difficiles d'accès. Les adultes TDC s'orientent souvent vers des métiers intellectuels.
Apprendre à conduire est plus long et plus stressant. Automatiser les gestes de conduite tout en traitant la route et les autres usagers est une surcharge cognitive importante.
Le TDC est très peu connu du grand public et de nombreux professionnels de santé. Beaucoup d'adultes n'ont jamais été diagnostiqués et portent un étiquetage de "maladroit" ou "désorganisé".
L'ergothérapeute est le professionnel de référence pour le diagnostic et la rééducation du TDC.
Il prescrit un bilan ergothérapeutique et/ou psychomoteur. Mentionnez les difficultés gestuelles spécifiques observées. Si les difficultés sont importantes, une consultation en neuropédiatrie peut être demandée.
Le bilan évalue la coordination motrice fine et globale avec des tests normés comme le MABC-2 (Movement Assessment Battery for Children), la BOT-2 ou le DCD-Q (questionnaire parental). Il mesure la précision, la vitesse et l'organisation du geste.
Le bilan ergothérapeutique évalue aussi la dysgraphie et les besoins en outils de compensation (clavier, logiciels, etc.).
Le bilan ouvre un PAP ou un PPS. La rééducation en ergothérapie travaille à la fois la compensation (apprendre à utiliser un ordinateur) et la rééducation gestuelle, selon les besoins de l'enfant.
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