"On avait l'ordonnance depuis six semaines. La première orthophoniste qu'on a appelée nous a donné rendez-vous... pour l'année suivante."

Personne ne nous avait prévenus de ça. On imaginait un parcours assez linéaire : le diagnostic, l'ordonnance, quelques appels, un premier rendez-vous dans la foulée. La réalité, dans beaucoup de régions, ressemble davantage à une recherche active, parfois longue, où il faut appeler plusieurs cabinets, s'inscrire sur des listes d'attente, parfois élargir le rayon de recherche bien au-delà de ce qu'on avait prévu.

Ce délai, personne ne le raconte avant qu'on le vive. Et pendant ce temps d'attente, l'inquiétude tourne en boucle, sans rien à faire d'autre que patienter et espérer un désistement.

L'attente, et ce qu'on peut vraiment faire pendant ce temps

La pénurie d'orthophonistes touche une grande partie du territoire français, avec des zones où l'attente pour un premier rendez-vous dépasse largement les quelques semaines qu'on imagine au départ. Ce n'est pas une exception qui vous tombe dessus par malchance : c'est une réalité structurelle que beaucoup de familles traversent avant vous.

Pendant cette attente, quelques réflexes aident à ne pas rester complètement démuni : s'inscrire sur plusieurs listes en parallèle plutôt qu'une seule, demander explicitement à être rappelé en cas de désistement, élargir la recherche aux cabinets un peu plus loin ou aux orthophonistes qui pratiquent en téléconsultation. Le bouche-à-oreille avec d'autres parents, souvent via les associations de familles de dys, fait parfois gagner plusieurs mois par rapport à une recherche solitaire.

La première séance ne ressemble pas à ce qu'on imagine

On s'attend souvent à un cours particulier de lecture. C'est rarement ce qui se passe, en tout cas pas immédiatement. La première séance, et souvent les suivantes, servent d'abord à faire un bilan précis : quelles sont les difficultés exactement, où se situent-elles dans le mécanisme de la lecture, quelles compétences sont déjà bien installées, lesquelles ont besoin d'un travail spécifique.

Ce temps de bilan peut sembler long quand on a déjà attendu des mois pour arriver là. Mais il conditionne tout le reste : une rééducation construite sur un bilan précis avance plus vite, même si son démarrage paraît plus lent.

Le rythme des séances

Une à deux séances par semaine, la plupart du temps, sur une durée qui se compte en années plutôt qu'en mois. Ce n'est pas un échec du suivi si, après six mois, les progrès semblent encore modestes. La rééducation d'un mécanisme de lecture qui s'est construit différemment prend le temps qu'il prend, et ce temps varie énormément d'un enfant à l'autre.

Les exercices à la maison

Certains orthophonistes en donnent, d'autres non, selon leur approche et selon l'enfant. Quand il y en a, le piège classique est d'en faire une nouvelle session de devoirs supplémentaire, avec la même tension que celle des devoirs scolaires. Ce qui fonctionne mieux : des séances courtes, dans un moment calme de la journée, jamais après une journée déjà épuisante.

Un repère utile

Un suivi orthophonique bien engagé se juge rarement à la vitesse des progrès. Il se juge à la relation de confiance entre l'enfant et le professionnel, et à la capacité de ce dernier à expliquer clairement, à chaque étape, où en est l'enfant et pourquoi on travaille tel exercice plutôt qu'un autre.

Les doutes qui reviennent, presque chez tout le monde

"Est-ce que ça avance vraiment ?"

Les progrès en rééducation ne sont pas linéaires. Il y a des paliers, des périodes qui semblent stagner, parfois même de courts retours en arrière lors de périodes de fatigue ou de stress scolaire. Ce n'est pas un signal d'alarme automatique. C'est le rythme normal d'un apprentissage qui touche des mécanismes profonds.

"Est-ce le bon orthophoniste ?"

Le courant ne passe pas toujours du premier coup, et c'est légitime de le remarquer. Un enfant qui redoute chaque séance, qui ne progresse pas du tout après plusieurs mois malgré une présence assidue, ou dont les questions restent systématiquement sans réponse claire : ce sont des signaux qui justifient d'en parler ouvertement, voire de chercher ailleurs. Changer de professionnel n'est pas un drame ni un échec, c'est parfois simplement la bonne décision.

"On aurait dû commencer plus tôt"

Cette pensée traverse presque tous les parents, quel que soit le moment où le diagnostic est tombé. Elle n'aide à rien d'autre qu'à alourdir une charge déjà lourde. Le bon moment pour commencer un suivi, c'est celui où il devient possible de le commencer, pas un idéal rétrospectif inatteignable.

"On a arrêté de comparer notre calendrier à celui qu'on aurait voulu avoir. On a commencé à regarder ce qui avançait, même lentement, à partir d'où on en était vraiment."

Ce qui aide à tenir la distance

Le suivi orthophonique s'étale sur des années, parfois toute la scolarité primaire et au-delà. Tenir sur cette durée demande d'ajuster ses attentes : ne pas chercher un résultat rapide, ne pas juger chaque trimestre isolément, mais regarder l'évolution sur une année entière, où les progrès deviennent souvent plus visibles avec un peu de recul.

Garder un lien régulier avec l'orthophoniste, poser des questions sans crainte de déranger, demander à être présent occasionnellement à une séance si c'est proposé : tout ça construit une alliance qui rend le suivi plus lisible, pour l'enfant comme pour les parents.

"Le premier rendez-vous a mis huit mois à arriver. Une fois qu'on y était, ce n'est pas la vitesse qui a compté. C'est qu'elle se sente enfin comprise par quelqu'un dont c'était le métier."

Julien, papa de Théa
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