"Je lui répétais d'arrêter la console et de lire un livre. Un jour, une orthophoniste m'a demandé à quel jeu il jouait. Quand je lui ai répondu, elle m'a dit : 'Laissez-le jouer, c'est plutôt une bonne nouvelle.'"

Dans beaucoup de familles, les jeux vidéo occupent la même case mentale que les sucreries : à limiter, à culpabiliser, à éteindre en priorité dès que les résultats scolaires baissent. Pour un enfant dyslexique en particulier, la console devient vite le symbole de tout le temps qui n'est pas passé à travailler la lecture.

Le problème, c'est que cette hiérarchie n'est pas aussi simple que ce qu'on imagine. Certains types de jeux ont des effets mesurés sur des capacités directement liées à la lecture. D'autres, en revanche, méritent une vraie vigilance. La différence ne tient pas au mot "jeu vidéo" en général, mais à ce qui se passe précisément à l'écran.

Ce que montre la recherche sur les jeux d'action

Une équipe de chercheurs italiens a fait jouer des enfants dyslexiques à des jeux d'action rapide, du type où il faut repérer des cibles qui bougent, réagir vite, gérer plusieurs informations visuelles en même temps. Après seulement quelques séances de courte durée, les enfants lisaient plus vite et avec moins d'erreurs, sans aucun entraînement de lecture pendant cette période.

Franceschini, S., Gori, S., Ruffino, M., Viola, S., Molteni, M., & Facoetti, A. (2013). Action video games make dyslexic children read better. Current Biology, 23(6), 462-466.

Pourquoi ça marche

La dyslexie s'accompagne souvent de difficultés d'attention visuelle : repérer rapidement où regarder, filtrer les informations qui comptent parmi celles qui ne comptent pas. Les jeux d'action rapide entraînent exactement cette capacité, sans jamais parler de lettres ni de mots. C'est un entraînement indirect, mais réel.

Ce résultat ne veut pas dire que n'importe quel jeu améliore la lecture. Il montre surtout qu'un mécanisme précis, l'attention visuelle rapide, se travaille par des voies qu'on n'associe pas spontanément à l'apprentissage. Et que la console, dans ce cas précis, n'était pas l'ennemie qu'on croyait.

Ce qui mérite, à l'inverse, d'être surveillé

Tous les jeux ne se valent pas, et l'effet positif documenté plus haut ne s'applique pas à n'importe quel usage des écrans.

Le temps qui grignote le sommeil

Un enfant dyslexique a déjà un cerveau qui travaille en surrégime pendant la journée scolaire. Un coucher décalé par une dernière partie, un soir après l'autre, aggrave une fatigue déjà présente et rend la journée suivante plus difficile à tous les niveaux, lecture comprise.

Les jeux qui isolent plutôt que ceux qui relient

Certains enfants dys, fragilisés par des années de comparaison scolaire, utilisent le jeu vidéo comme un refuge total, au point de couper progressivement le contact avec les copains, les activités du dehors, la famille. Ce n'est pas le jeu en lui-même qui pose problème, c'est ce qu'il vient remplacer.

La frustration mal régulée

Un enfant déjà habitué à l'échec scolaire répété peut réagir de façon disproportionnée à un échec dans le jeu, précisément parce que ce terrain-là est censé être le sien, celui où il devait pouvoir réussir sans obstacle. Une colère qui semble excessive autour d'une partie perdue dit parfois davantage sur l'école que sur le jeu.

"La question n'est jamais 'jeu vidéo, oui ou non'. C'est : qu'est-ce que ce jeu-là, à cette dose-là, fait vraiment pour mon enfant en ce moment."

Ce qu'on peut faire, concrètement

S'intéresser au jeu plutôt que le juger de loin

Demander à l'enfant de montrer son jeu, comprendre ce qu'il y fait, ce qui lui plaît, change la conversation. Un parent qui sait de quoi il parle a une discussion bien plus utile qu'un parent qui interdit sans connaître.

Fixer un cadre clair, pas une interdiction floue

Un horaire de fin fixé à l'avance, connu de l'enfant, tient mieux qu'une négociation quotidienne. La prévisibilité rassure, y compris sur un sujet aussi chargé émotionnellement que les écrans.

Ne pas transformer le jeu en punition ou en récompense scolaire

Retirer la console à chaque mauvaise note associe, dans la tête de l'enfant, le jeu à la performance scolaire, ce qui alourdit encore la charge émotionnelle autour de la lecture. Le jeu vidéo peut rester un espace neutre, ni sanction ni prime, simplement une activité parmi d'autres.

Rien de tout ça ne remplace un accompagnement de la dyslexie elle-même. Mais ça évite d'ajouter une culpabilité supplémentaire, la vôtre et celle de votre enfant, sur un terrain qui n'était peut-être pas le bon endroit où la chercher.

"On a arrêté de se battre contre la console. On a commencé à se demander ce qu'elle lui apportait vraiment, et ce qu'elle venait remplacer."

Julien, papa de Théa
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